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faire parler une personne atteinte de maladie dégénérative

Il y a quelques années maintenant, nous avons imaginé que nous pourrions apporter plaisir aux résidents des Ehpad en les faisant voyager en réalité virtuelle. À l’époque, cela n’était qu’une hypothèse. Pour nous, il était important de vérifier un quelconque bénéfice pour les résidents et leur entourage. Nous avons donc développé un prototype. Le jour de la livraison au l’Ehpad du Centre hospitalier de Tréguier, dans les Côtes-d’Armor, les soignants ont voulu commencer par évaluer l’acceptation du système par un résident arrivé six mois auparavant. Ce premier test avait lieu avant la période d’analyse par le laboratoire de psychologie cognitive de l’université de Rennes II. Le monsieur était flamboyant, cheveux gris, mine d’aventurier. Il devait avoir 75 ou 76 ans. À ce moment, je ne me doutais pas qu’il puisse être porteur d’une quelconque maladie dégénérative. Après quelques minutes d’immersion dans un voyage filmé à la Réunion dans l’océan Indien, le monsieur retirait les lunettes et prononçait ces mots : « c’est formidable, ça me rappelle quand je faisais de la pêche au gros avec l’humoriste Carlos. Nous réalisions des documentaires pour la télévision ». Je ne pris pas conscience tout de suite de ce qui venait de se passer. Jusqu’au moment où la responsable des soins me raconta que ce monsieur était résident à l’établissement depuis six mois. Depuis tout ce temps, il n’avait jamais parlé de lui et le personnel de l’établissement ne savait très peu de choses sur ta vie. Notre objectif était atteint avec lui. Nous avions réussi à recomposer du lien. J’ai ressenti à cette heure une très forte émotion dans ma poitrine. J’avoue avoir cru à un coup de chance.

VG-02/04/2020